{"id":375,"date":"2009-01-01T15:48:54","date_gmt":"2009-01-01T15:48:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.nobox-lab.com\/v2\/?p=375"},"modified":"2024-04-30T14:51:12","modified_gmt":"2024-04-30T12:51:12","slug":"sharedscapes-un-second-life-artistique-par-xavier-malbreil","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/2009\/01\/01\/sharedscapes-un-second-life-artistique-par-xavier-malbreil\/","title":{"rendered":"Sharedscapes, un second life artistique? par Xavier Malbreil"},"content":{"rendered":"<p><!--:fr--><\/p>\n<address><span style=\"text-decoration: underline;\">CIAC Magazine n\u00b034, 2009 &#8211; Centre International d&rsquo;Art Contemporain de Montr\u00e9al<\/span><\/address>\n<p>Avant d&rsquo;explorer une \u0153uvre qui se pr\u00e9sente comme collective, chacun est en droit de se poser la question des intentions de l&rsquo;auteur. Pourquoi en effet vouloir faire \u0153uvre collective, quand l&rsquo;un des attributs de la repr\u00e9sentation contemporaine de l&rsquo;auteur est justement son caract\u00e8re fortement individuel, voire m\u00eame individualiste. N&rsquo;y a-t-il pas l\u00e0 une contradiction, et ne peut-on soup\u00e7onner certaines artistes de vouloir biaiser les cartes\u00a0? <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a>, de Gr\u00e9goire Zab\u00e9, pose comme beaucoup d&rsquo;autres \u0153uvres dites collectives, cette question, et tente m\u00eame d&rsquo;y r\u00e9pondre, dans la notice accompagnant l&rsquo;\u0153uvre. Mais laissons \u00e0 l&rsquo;auteur la responsabilit\u00e9 de son propos et laissons \u00e0 la critique toute la libert\u00e9 de son regard&#8230; avant de revenir \u00e0 cette question.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9crire rapidement <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a>, il faut se repr\u00e9senter une sph\u00e8re dont on pourrait parcourir l&rsquo;int\u00e9rieur, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un monde creux. En commandant le d\u00e9placement d&rsquo;un personnage de synth\u00e8se avec le clavier ou la souris, on peut &#8211; en cliquant sur les ic\u00f4nes qui les signalent &#8211; d\u00e9couvrir les textes, les images, les sons d\u00e9pos\u00e9s par les contributeurs \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de la sph\u00e8re. Le v\u0153u de Gr\u00e9goire Zab\u00e9 est que les \u0153uvres ainsi d\u00e9couvertes d\u00e9crivent un paysage informationnel, collectif par nature, puisque de nombreux internautes ont jou\u00e9 le jeu et d\u00e9pos\u00e9 images, sons et textes correspondant peu ou prou \u00e0 la th\u00e9matique du paysage. Ainsi pourra-t-on constater que certains participants se sont content\u00e9s de transmettre des photos qui semblent extraites de leur album de vacances, quand d&rsquo;autres, comme l&rsquo;internaute ayant pris le pseudonyme de \u00ab\u00a0Isa\u00a0\u00bb, proposent au contraire des compositions qui de toute \u00e9vidence appartiennent d\u00e9j\u00e0 au monde de l&rsquo;art. La juxtaposition des deux types de propositions &#8211; \u00ab\u00a0innocentes\u00a0\u00bb et artistiques &#8211; n&rsquo;est pas le moindre des int\u00e9r\u00eats de la proposition de Gr\u00e9goire Zab\u00e9, puisqu&rsquo;il nous interroge sur la compr\u00e9hension que chacun peut avoir de la th\u00e9matique propos\u00e9e\u00a0: les uns croyant que <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a> se veut un collage de paysages plus ou moins bien photographi\u00e9s, tandis que les autres r\u00e9pondent \u00e0 cette m\u00eame question en apportant leur propre r\u00e9flexion sur la notion de paysage- et en y incluant notamment tout ce que les technologies du num\u00e9rique ont chang\u00e9 dans la perception de ce qui est un motif on ne peut plus classique, la repr\u00e9sentation de paysage. Dans son c\u00e9l\u00e8bre essai <em>L&rsquo;art et l&rsquo;illusion<\/em>, E.H. Gombrich note dans l&rsquo;introduction \u00e0 la sixi\u00e8me \u00e9dition, qu&rsquo;\u00ab\u00a0il n&rsquo;y a jamais eu d&rsquo;image fid\u00e8le \u00e0 la nature; toute image repose sur des conventions, exactement comme le langage ou l&rsquo;\u00e9criture. Les images sont des signes, et la discipline qui doit permettre leur exploration &#8230; est la s\u00e9miotique, la science des signes\u00a0\u00bb.\u00a0<a name=\"note1\"><\/a><a href=\"http:\/\/magazine.ciac.ca\/archives\/no_34\/oeuvre4.htm#1\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><span style=\"text-decoration: underline;\">1<\/span><\/strong><\/span><\/a><\/p>\n<p>Si <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a> voulait seulement prouver cette assertion de Gombrich, on serait fond\u00e9 \u00e0 consid\u00e9rer que c&rsquo;\u00e9tait bien des efforts pour enfoncer ce qui est \u00e0 pr\u00e9sent une porte ouverte. Les artistes qui ont r\u00e9pondu \u00e0 la proposition de Gr\u00e9goire Zab\u00e9 et qui ont certainement r\u00e9fl\u00e9chi eux aussi \u00e0 la repr\u00e9sentation du paysage, permettent \u00e0 ce projet d&rsquo;aller plus loin &#8211; et notamment en se m\u00e9langeant aux repr\u00e9sentations \u00ab\u00a0na\u00efves\u00a0\u00bb de paysage. C&rsquo;est ce qui fait justement la sp\u00e9cificit\u00e9 d&rsquo;un projet sur le Net, ce m\u00e9lange entre diff\u00e9rents niveaux d&rsquo;interpr\u00e9tation, diff\u00e9rentes approches de l&rsquo;art\u00a0: comme si dans un m\u00eame mus\u00e9e on trouvait c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, sur le m\u00eame mur, des toiles de Soulages, des peintures d&rsquo;enfant et d&rsquo;artistes na\u00effs ainsi que des illustrations publicitaires. Mais plus encore, le m\u00e9lange des m\u00e9dias dans <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a>, met presque sur le m\u00eame plan image, texte et son, ce qui avalise encore davantage l&rsquo;assertion de Gombrich selon laquelle c&rsquo;est \u00e0 la s\u00e9miotique de rendre compte d&rsquo;une repr\u00e9sentation visuelle.<\/p>\n<p>Si l&rsquo;on devait comparer l&rsquo;uniformit\u00e9 d&rsquo;un monde num\u00e9rique comme Second Life avec <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a>, il viendrait tout de suite \u00e0 l&rsquo;esprit que la diff\u00e9rence fondamentale entre les deux est l&rsquo;uniformit\u00e9 &#8211; qui r\u00e8gne sur Second Life, du fait que tous les visuels sont issus du m\u00eame logiciel &#8211; tandis que <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a> pr\u00e9sente au contraire la plus grande difformit\u00e9, ainsi que nous l&rsquo;avons indiqu\u00e9. En face d&rsquo;un projet commercial comme Second Life, qui se donne uniquement les apparences d&rsquo;une bo\u00eete \u00e0 outils de cr\u00e9ation collective, le projet de Gr\u00e9goire Zab\u00e9 poss\u00e8de les forces et les faiblesses de ces \u0153uvres collectives que les technologies num\u00e9riques ont permis\u00a0: ce qui fait leur int\u00e9r\u00eat r\u00e9side dans le m\u00e9lange des m\u00e9dias et des genres, et dans les diff\u00e9rences des niveaux d&rsquo;interpr\u00e9tation &#8211; qui posent d&rsquo;ailleurs la question oh combien \u00e9pineuse de savoir ce qui est de l&rsquo;art et ce qui n&rsquo;en est pas; mais le risque le plus grand, en parcourant ce type d&rsquo;\u0153uvres est aussi de se demander o\u00f9 et quand peut se construire leur unit\u00e9 &#8211; en-dehors des justifications th\u00e9oriques et faciles sur \u00ab\u00a0le concept qui serait l&rsquo;unit\u00e9 de l&rsquo;\u0153uvre, et seulement le concept\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Que nous dit de la repr\u00e9sentation du paysage et de la psych\u00e9 contemporaine une \u0153uvre comme <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a>\u00a0? Quid de la libert\u00e9 de l&rsquo;internaute, qui ne peut pas, par exemple, taguer les \u00ab\u00a0murs\u00a0\u00bb virtuels de cette sph\u00e8re creuse, si l&rsquo;envie lui en prenait\u00a0? Quid encore de la libert\u00e9 des contributeurs, qui ne peuvent pas modifier leur contribution, user de repentirs, et ne sont pas, par l\u00e0-m\u00eame, sur un pied d&rsquo;\u00e9galit\u00e9 avec Le Cr\u00e9ateur de la sph\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p>Le fait que <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a> soit une \u0153uvre ouverte, jamais finie, ne doit pas remettre l&rsquo;examen critique \u00e0 plus tard\u00a0: son dispositif, lui, est arr\u00eat\u00e9, fig\u00e9, et c&rsquo;est bien le dispositif que nous devons estimer. En tant que tel, il permet d&rsquo;agr\u00e9ger des contenus pluri-media et propose une interface facile d&rsquo;utilisation, intuitive &#8211; qui utilise au mieux l&rsquo;alphabet de la cr\u00e9ation num\u00e9rique. C&rsquo;est peut-\u00eatre \u00e0 pr\u00e9sent au lecteur \u00e0 l&rsquo;internaute, de savoir si l&rsquo;exp\u00e9rience produite par la d\u00e9ambulation dans <a href=\"http:\/\/www.sharedscapes.net\/\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><span style=\"color: #d42939;\"><strong><em>Sharedscapes<\/em><\/strong><\/span><\/a>lui aura permis d&rsquo;approcher ce que l&rsquo;art produit parfois, une remise en question des savoirs acquis, une ren\u00e9gociation entre l&rsquo;objet d&rsquo;art et le regardant. Il reste que Sharescapes, par l&rsquo;extr\u00eame diversit\u00e9 des r\u00e9ponses apport\u00e9es \u00e0 la question de la repr\u00e9sentation du paysage, nous montre \u00e0 quel point notre \u00e9poque est celle de la dispersion, de l&rsquo;atomisation, voire de la dilution et de la cacophonie, chacun, artiste ou simple participant, apportant une r\u00e9ponse particuli\u00e8re en agr\u00e9geant les courants, les modes, les codes graphiques dont il a pu se saisir. Nous pouvons alors mesurer combien nous sommes loin du bel ordonnancement que Gombrich fait d\u00e9filer dans son essai &#8211; du classique au moderne en passant par l&rsquo;impressionisme, tout semble li\u00e9 par de trop belles relations de cause \u00e0 effet &#8211; et combien l&rsquo;expression artistique de notre \u00e9poque est typiquement celle du collage, de l&rsquo;hybridation, de la discontinuit\u00e9.<\/p>\n<p><center><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/magazine.ciac.ca\/archives\/no_34\/images\/filet.gif\" alt=\"\" width=\"220\" height=\"8\" border=\"0\" \/><\/center><\/p>\n<p><strong>Notes<\/strong><br \/>\n<a name=\"1\"><\/a><span style=\"color: #d42939;\"><strong>1<\/strong><\/span> : E.H. Gombrich, <strong><em>L&rsquo;art et l&rsquo;illusion<\/em><\/strong>, \u00e9ditions Phaidon, page XV de la sixi\u00e8me \u00e9dition.\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/magazine.ciac.ca\/archives\/no_34\/oeuvre4.htm#note1\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/magazine.ciac.ca\/archives\/no_34\/images\/arrowup.gif\" alt=\"\" width=\"5\" height=\"5\" border=\"0\" vspace=\"1\" \/><\/a><!--:--><!--:en--><\/p>\n<p><!--:--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>CIAC Magazine n\u00b034, 2009 &#8211; Centre International d&rsquo;Art Contemporain de Montr\u00e9al Avant d&rsquo;explorer une \u0153uvre qui se pr\u00e9sente comme collective, chacun est en droit de se poser la question des intentions de l&rsquo;auteur. Pourquoi en effet vouloir faire \u0153uvre collective, quand l&rsquo;un des attributs de la repr\u00e9sentation contemporaine de l&rsquo;auteur est justement son caract\u00e8re fortement [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":408,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":true,"template":"","format":"standard","meta":{"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-375","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-textes-articles"],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=375"}],"version-history":[{"count":2,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/375\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":615,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/375\/revisions\/615"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media\/408"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/nobox-lab.com\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}